TRAVAIL, SOUFFRANCE ET NOUVEAU MANAGEMENT. Par Alex MERRY

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TRAVAIL, SOUFFRANCE ET NOUVEAU MANAGEMENT

Par Alex MERRY

Aujourd’hui, l’expression «la souffrance au travail» qui découle directement de «la violence au travail» n’est plus aussi usitée qu’il y a encore une bonne dizaine d’années, de même que les termes de «risques psycho-sociaux», de «qualité de vie au travail» …

Aujourd’hui, nous avons plus tendance à parler de «bien-être» au travail ou de «bonheur au travail».

  • Mais qu’en est-il vraiment?

Cette souffrance au travail, cette pression incessante, parfois ce harcèlement, conduit irrémédiablement les salariés de toutes sortes (y compris les fonctionnaires et même les emplois sans droit de grève) à une certaine violence.

Elle se décline de toutes les façons: grèves, manifestations, agressions physiques ou verbales d’un représentant supérieur, refus de travailler, sabotages organisés, travaux exécutés lentement délibérément, gêne dans l’ensemble de la chaîne de travail, dans les transmissions de consignes, etc…

Dans les tabloïds, quand il est question de «violence», les seuls acteurs désignés sont les grévistes, les salariés. Les journalistes ne relaient dans l’information que la violence physique et laissent de côté ce que je qualifierais de «partie immergée de l’iceberg», à savoir : la violence hiérarchique, institutionnalisée même…

Mais, bien que tout ceci existe, la plus grave des violences est celle qui atteint le salarié, l’ouvrier, le fonctionnaire, le policier, le militaire et le rend vraiment malade, fermé au monde extérieur dans la plupart des cas…

Cette violence silencieuse et insinueuse les attaque de plein fouet, leur faisant parfois faire abstraction du monde vivant qui les entoure: symptômes somatiques et psychosomatiques, dépression, stress, tension psychologique, épuisement, burn-out, ulcères d’estomac, troubles du sommeil, hyperactivité, anxiété latente omniprésente, angoisse…

Pour s’en convaincre, il faut consulter le nombre des divorces dans l’Armée, par exemple, qui ne cesse d’augmenter depuis des années, les dépressions, les placements en congé de longue durée maladie, et, malheureusement le nombre de suicides de ces dernières années.

Je cite l’Armée car c’est un des rares corps dont les appartenants sont à la merci directe de leur hiérarchie, les représentants syndicaux n’existant pas encore dans leurs rangs… Ce dogme hiérarchique ne pouvant pas être remis en cause, il s’est avéré qu’en cas de signalements faits par des militaires (harcèlement moral ou sexuel) la remise en cause de toute la chaîne hiérarchique serait inadmissible et cela se traduit par une occultation systématique de la vérité à tous les niveaux ainsi que des sanctions vis-à-vis des dénonciateurs de bonne foi.

En fait, ce sont les patrons, les chefs, les supérieurs qui se plaignent de la violence de leurs employés ou subalternes… Et c’est l’info que les gens gardent en mémoire.

Mais pour que ces hommes et ces femmes en arrivent là, il faut avoir vécu quelque chose d’horrible, durant longtemps. On ne devient pas «violent» du jour au lendemain. Dans la référence marxiste du travail, durant la période du capitalisme industriel, on parlait d’exploitation, voire d’aliénation des classes ouvrières par les classes dominantes, à savoir celle des patrons.

Le rapport capital/travail était au cœur des débats politiques.

De nos jours, le cœur des débats politiques concernant la violence au travail s’est déplacé du niveau social/politique au niveau psychique.

Pour mieux expliquer la chose, dans nos pays développés les conditions de travail se sont améliorées, mais pas les conditions psychiques du travail! Au contraire.

Il faut remplir ses objectifs coûte que coûte et répondre ainsi aux exigences de la productivité et de la rentabilité pour la plupart des métiers ; pour certains autres l’exigence demeure surtout dans la qualité d’une communication qui broie les individus en voulant créer un sentiment de sécurité pour le pays… Et là, c’est encore plus grave car aucune condition de respect de l’être humain n’est mise en avant : les temps de travail ne sont pas adaptés, l’intendance ne suit pas, les familles sont sacrifiées… Bref, les gens craquent et gravement (suicides notamment), mais en silence, car on ne peut rien dire, rien dévoiler.

Et là, il y a une perversion de la valeur du travail : elle ne porte plus sur la qualité de ce qu’on fait, mais sur la rentabilité à court terme, sur l’authenticité des paroles dites dans la communication des supérieurs hiérarchiques.

Ceci est une des causes majeures du mal-être des travailleurs, et ça, c’est de la violence, ce que Bourdieu appelait la «violence symbolique», pas de même nature que la violence physique.

Mais qu’est-ce qui a fondamentalement changé dans le monde du travail, dans l’exercice des métiers?

C’est l’individualisation.

La «lutte des classes» s’est transformée en «lutte des places». Chacun se bat pour conserver sa place, améliorer son sort, le collectif a disparu. Et je passe sous silence l’opportunisme ainsi que l’arrivisme de certains…

La cause en général : des outils de gestion qui individualisent le rapport au travail, le management par objectif, l’évaluation individualisée des performances, les primes au mérite…

On met en place des référentiels, de nouvelles procédures et organisations, et on ne veut à aucun prix faire le lien entre l’introduction de ces nouveaux outils de management et le mal-être que ressentent les salariés…

Toutes ces «nouvelles organisations» empêchent l’individu de penser même les contradictions dans lesquelles il se trouve (jusqu’à l’omerta).

Un bon exemple : «faire plus avec moins»… Je vous laisse y réfléchir!!!!!! Surtout vous, amis militaires et gendarmes!!!

Cela produit un double mouvement : les salariés se sentent coupables, on leur renvoie en permanence que si ça ne fonctionne pas, c’est parce qu’ils résistent au changement, et du côté des directions, on ne veut surtout pas remettre en question le management qui serait la cause principale du mal être. CQFD

Alors, si quelqu’un a un tant soit peu de courage ici-bas, comprenez et combattez enfin cette violence inapparente qui règne dans toutes les organisations au détriment de ceux qui y travaillent : ceci permettra sans nul doute aux politiques de sortir enfin de leur paralysie et de reconnaître objectivement la souffrance des employés de tous bords, actuellement sacrifiés au nom du développement économique et, hélas, de l’opportunisme et arrivisme de certains.

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