UNE HISTOIRE A CONNAITRE : LES CONDITIONS PROFESSIONNELLES ET LA CREATION DU SYNDICALISME. Par Alex Merry

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UNE HISTOIRE A CONNAITRE :

LES CONDITIONS PROFESSIONNELLES ET LA CREATION DU SYNDICALISME

Par Alex MERRY

LES ORIGINES

Il existe à Paris depuis le 10 octobre 1794 (19 vendémiaire an III) un grand établissement d’enseignement supérieur et de recherche français1.

Il se situe au cœur de Paris, dans l’ancien prieuré des Bénédictins de Saint Martin des Champs fondé par Henri 1er de France en 1060 et dont l’origine architecturale remonte à l’époque mérovingienne.

En 17942, c’est « l’abbé Grégoire3 » (de son vrai nom : Henry Grégoire, né à Vého en Lorraine, le 4 décembre 1750), religieux philanthrope et politique qui va le transformer en établissement d’enseignement et l’église en musée4. Le musée n’ouvrira ses portes qu’en mai 1802.

Cet établissement, de notoriété mondiale, est le Conservatoire des Arts et Métiers, l’une des 210 écoles d’ingénieurs françaises habilitée à délivrer un diplôme d’ingénieur.

Il n’y a que trois grandes écoles scientifiques qui furent créées en 1794, à Paris : l’Ecole centrale des travaux publics rebaptisée Ecole Polytechnique, l’Ecole Normale rebaptisée Ecole Normale supérieure et le Conservatoire des Arts et Métiers.

La vie de l’abbé Grégoire est également très instructive : il s’intéressait aux arts techniques de l’époque. Le Conservatoire des Arts et Métiers est pour lui, dès sa fondation, l’héritier de l’esprit des Lumières et des encyclopédistes, donc a une vocation multidisciplinaire. Il est reconnu historiquement pour la formation de ses ingénieurs.

Mais pourquoi parler du CNAM dans un article sensé présenter ce qu’est le syndicalisme ?

Le CNAM est un des maillons intéressants sur lequel je vais faire levier pour faire comprendre ce concept de syndicalisme, de syndicat. Mais il n’est, bien sûr, pas le seul.

C’est surtout le musée du CNAM qui va nous fournir la réponse : en effet, afin de favoriser la diffusion des savoirs techniques, autrefois réservés à une élite, et diffusés par le biais des corporations et métiers, la Révolution va chercher à mettre à la disposition de tous les citoyens des collections scientifiques et techniques.

Après le Muséum national d’histoire naturelle, formé à partir de l’ancien Jardin du Roi, le Conservatoire des arts et métiers va réunir les collections de cabinets de physique d’aristocrates ou de l’ancienne Académie royale des sciences.

Pourquoi ce rassemblement d’objets techniques ?

Les conserver pour les étudier !

Et là, enfin, nous entrons dans le vif du sujet.

En effet, en 1791, 3 ans donc avant la création du CNAM, une Loi a été votée et appliquée. Cette Loi, c’est la Loi dite Le Chapelier (Isaac Le Chapelier, avocat au Parlement de Bretagne) qui proscrit les organisations ouvrières, notamment les corporations des métiers5 ainsi que les rassemblements paysans et le compagnonnage6. Quelques mois avant elle, le décret d’Allarde interdisait la grève ainsi que les corporations et quelques formes d’entreprises non lucratives telles les mutuelles7

Or, il faut savoir qu’à l’époque, les corporations professionnelles gardaient jalousement leurs secrets techniques…. C’était un peu comme un secret qui ne devait pas être dévoilé aux autres. Alors, imaginez si ce savoir-faire avait disparu avec les corporations ……..

PETIT RESUME HISTORIQUE DU SYNDICALISME

Le syndicalisme est un mouvement qui vise à unifier au sein des groupes sociaux, les syndicats, des professionnels qui vont défendre les droits collectifs.

Un syndicat est un groupement de personnes physiques ou morales qui œuvrent de concert pour la défense ou la gestion d’intérêts commun.8

Selon un sondage TNS Sofres de décembre 2005, les causes de non syndicalisation sont :

  • Pour 38 %, le sentiment que les syndicats ne comprennent pas leur problème ;
  • Pour 36 %, la peur de représailles de leur direction ;
  • Pour 34 %, la division syndicale (80 % des sondés estimant qu’il y a trop d’organisations syndicales différentes en France).

Selon une étude de 2010, les délégués syndicaux sont payés environ 10 % de moins que le reste des salariés, en raison d’une discrimination de la part des patrons.

Trois caractéristiques marquent l’histoire du mouvement syndical ouvrier dans les grandes nations occidentales, les premières à s’industrialiser :

  • Une série de révoltes ouvrières,

  • La lutte pour imposer une reconnaissance légale,

  • Les efforts pour trouver des formes d’organisation originales.

***

QU’EN EST-IL EN FRANCE ?

Avant la législation :

Le décret d’Allarde qui supprime les corporations et la Loi Le Chapelier qui interdit le droit de coalition et les grèves instaurent un sérieux déséquilibre entre ouvriers et employeurs, ces derniers pouvant fixer le salaire et licencier à leur guise.

Le premier sursaut réactif est la « révolte des Canuts9 » à Lyon en 1831-1834.

En mai 1833, création, contre l’avis du préfet de Nantes, de « l’association typographique et philanthropique de Nantes ». (Grève sur les salaires au quotidien)10.

1848 : nouveau gouvernement qui adopte la « liberté d’association » le suffrage universel, temps de travail porté à 10 heures à Paris et 11 heures en Province. Abolition de l’esclavage colonial.

1864 : suppression du délit de grève (Loi Ollivier). Fin de la Loi Le Chapelier. Les syndicats sont toujours interdits, mais en constituer un n’est plus un délit.

1868 : le gouvernement tolère la création de « chambres syndicales »11 (Adolphe de Forcade Laroquette)

1871 : La Commune de Paris12 : abolition du travail de nuit dans les boulangeries. Apparition du premier mouvement féminin de masse.

1884 : légalisation des syndicats professionnels ouvriers et patronaux : Loi Waldeck-Rousseau13.

De la légalisation jusqu’à la première guerre mondiale :

1886 : Création de la Fédération nationale des syndicats (FNS)14, d’inspiration guesdiste. Jules Guesde, l’un des socialistes les plus connus et les plus actifs, contribue à la diffusion des idées de Karl Marx15 en France.

1887 : Création de la Bourse du Travail de Paris16 et du Syndicat des employés du commerce et de l’industrie (SECI), syndicat chrétien, précurseur de la CFTC17.

1891 : 1er mai : première célébration française et internationale de la journée d’action du 1er mai. Le 1er mai 1891, à Fourmies (Nord) la troupe tire sur des grévistes : neuf morts, 35 blessés.

1895 : Congrès constitutif de la Confédération générale du travail CGT à Limoges du 23 au 28 septembre, elle rassemble la Fédération nationale des syndicats et la fédération des bourses du travail.

1900 : Création du journal la Voix du peuple, organe de la CGT18.

1906 : Charte d’Amiens : cette charte adoptée au congrès de la CGT, donne au syndicalisme confédéral quelques-uns de ses traits spécifiques : la lutte des classes, la lutte quotidienne pour des améliorations immédiates mais aussi la lutte pour la disparition du salariat et du patronat, ainsi que son indépendance vis-à-vis des organisations politiques. Cette Charte reste aujourd’hui une référence pour la plupart des organisations issues du syndicalisme CGT (la CGT elle-même, FO, la FSU), mais aussi Solidaires, principalement.

1907 : Alors que le syndicalisme reste interdit dans la fonction publique, le Syndicat national des instituteurs créé par Marcel Nègre en 1905, rejoint la CGT. De fait, cependant, la plupart des instituteurs adhérents des syndicats de métier ne prendront pas leur carte confédérale avant les années 1930. Marius Nègre, Émile Janvion et cinq postiers, signataires d’une « lettre à Clemenceau » demandant le droit syndical pour les fonctionnaires, sont révoqués.

1909 : Bien qu’interdits, le droit syndical et le droit de grève sont pris par les agents des PTT. En mars puis en mai, ils font grève. À la fin du conflit de nombreuses révocations frappent les syndicalistes. Poursuivis devant les conseils de discipline pour avoir « préconisé l’entente entre les travailleurs de l’État et ceux des industries privées », ils reçoivent le soutien de la Ligue des droits de l’homme.

1910 : Malgré l’opposition du patronat et de la CGT, la loi sur les retraites ouvrières et paysannes est votée. L’âge de la retraite est fixé à 65 ans. L’espérance de vie est alors de moins de 49 ans.

1912 : La CGT est la seule confédération syndicale existante en France, elle compte 700 000 adhérents sur un total de 7 millions de salariés.

L’entre-deux-guerres :

1918 : Création du Syndicat national des journalistes19.

1919 : Loi sur les conventions collectives. Loi supprimant le travail de nuit dans les boulangeries. Lois sur la journée de 8 heures. Le 1er mai grève générale de 24 heures marquée par 500 000 manifestants à Paris (1 mort). Création de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC), centrale d’inspiration chrétienne sociale.

1920 : Le 8 janvier, inauguration du Conseil économique et social (initiative de la CGT). Du 25 au 29 février, la SFIO tient congrès à Strasbourg et se retire de la 2e internationale. 12 mars, vote de la loi relative au droit syndical. Le 1er mai : la CGT décide la grève générale. Le 22 mai, Les femmes peuvent adhérer à un syndicat sans l’autorisation de leur mari.

1940: Vote définitif de la loi sur les assurances sociales.

1940 : Le 9 novembre, le gouvernement de Vichy de Pétain dissout les centrales syndicales ouvrières et patronales. Le 15 novembre, 9 responsables de la CGT et 3 de la CFTC se réunissent clandestinement et publient le manifeste des douze qui est à la fois un acte public d’opposition à la politique du gouvernement de Vichy et une analyse du rôle du syndicalisme présent et à venir.

1944 : Publication le 15 mars du Programme du CNR (définissant les nationalisations, la Sécurité sociale et les comités d’entreprises) où la CGT est représentée par Louis Saillant. Le 10 août, la grève des cheminots de la région parisienne de déclenche et s’étend à tous les services publics. Les gendarmes les imitent le 13 août, suivis par les policiers le 15 août. Le 18 août, la CGT clandestine appelle à la grève générale pour la Libération. Le lendemain c’est le déclenchement de l’insurrection parisienne, qui prendra fin avec la Libération de Paris le 25 août et l’arrivée du Général de Gaulle. Le 26 août, la CGT s’installe au grand jour dans ses locaux du 213 rue Lafayette : c’est la fin de la clandestinité avec première réunion de son bureau. Le 8 septembre, son journal « La Vie ouvrière » qui avait paru sous forme de tract pendant l’occupation, reparait au grand jour.

Après 1944 :

1945 : Début des nationalisations20, création des comités d’entreprise et mise en place de la Sécurité sociale.

1946 : promulgation du Statut général des fonctionnaires21 par le ministre Maurice Thorez.

1950 : conquêtes : vote de la loi sur les Conventions collectives22. Création du Salaire minimum interprofessionnel garanti (Smig23).

1953 : Retraites : du 4 au 25 août, grande grève dans les services publics pour le « reclassement » (c’est-à-dire la refonte de la grille indiciaire déterminant les salaires). Le 4 août, la CGT puis la CFTC appellent à une journée d’action des secteurs public et nationalisé contre le recul de l’âge à la retraite.

1956 : conquête de la troisième semaine de congés payés.

1962 : création du Syndicat national unifié des impôts.

1963 : les mineurs : à l’appel de la CGT et de FO, vaste mouvement de grèves des mineurs. Ils s’inquiètent des incertitudes pesant sur leur profession et revendiquent une augmentation des salaires.

1966 : accord d’unité revendicative entre la CGT et la CFDT. Arrêté définissant les 5 confédérations CGT, CFDT, FO, CFTC et CGC comme représentatives.

1968 : grève générale : en mai et juin sept millions de travailleurs en grève et occupent leurs usines. Constat de Grenelle: augmentation de 35 % du salaire minimum. La section syndicale d’entreprise est officiellement reconnue par la loi du 27 décembre 1968 qui améliore la représentation syndicale et définit les fonctions de chacun de ses représentants.

1970 : Unité : nouvel accord CGT-CFDT sur des revendications prioritaires : revalorisation du SMIC, retraite à 60 ans, semaine de 40 heures, emploi, heures de formation syndicale.

1981 : Ordonnances réduisant le temps de travail à 39 heures, instituant la cinquième semaine de congés payés et ramenant l’âge de la retraite à 60 ans. Lois sur les droits des travailleurs dans l’entreprise, notamment le droit d’expression pendant le temps de travail. Création des CHSCT.

2000 : Entrée en vigueur de la seconde loi sur les 35 heures, qui deviennent la durée légale du travail le 1er janvier.

XXIème siècle :

2001 : Fin 2001, à partir d’un premier site internet crée et animé par des « Femmes de Gendarmes en Colère », des manifestations importantes de gendarmes24 (en grosse majorité des sous-officiers d’active) en tenue, dans leurs véhicules de service, et armés, sur tout l’ensemble du territoire français et notamment sur les Champs-Élysées pour réclamer de meilleurs conditions de travail, des moyens matériels, une compensation pour le nombre d’heures de travail très élevé travaillé, et du personnel supplémentaire. Malgré l’interdiction stricte imposée par la loi française25 dans leur statut militaire26, ces évènements sont en fait la première grève des gendarmes français (si l’on ne tient pas compte de leur grève du 13 août 1944 qui se déroulait dans un contexte bien particulier).

2007 : le 1er avril, création d’un forum « Gendarmes et citoyens » (G&C), revendiquant notamment le droit d’association professionnelle pour les militaires de la gendarmerie française27, ainsi que le droit d’adhérer (à titre privé) à un parti politique.

2008 : « Position commune », signée le 9 avril par la CGT, la CFDT, le MEDEF et la CGPME, visant à modifier les règles définissant la représentativité syndicale dans le secteur privé. Ce texte sera suivi, en juin, par un accord sur le dialogue social dans la fonction publique, inspiré des mêmes principes.

CONCLUSION :

Maintenant, au vu de cet écrit très bref du reste, je souhaite que vous puissiez continuer à chercher le pourquoi du comment, mais toujours en refusant les à priori et les présupposés qui ne peuvent que vous faire dévier d’une réflexion un minimum objective.

La principale idée développée ici est de pouvoir ne pas juger mais au contraire essayer de comprendre pourquoi les syndicats peuvent aider tous les salariés aujourd’hui….

 

1 Michel Nusimovici, Les écoles de l’an III, 2010

2 Claudine Fontanon,  » Les origines du Conservatoire national des arts et métiers et son fonctionnement à l’époque révolutionnaire (1750-1815) « , Les cahiers d’histoire du Cnam, no 1, Cnam Medias, Paris, 1992, p. 17-44

3 Bernard Plongeron, L’abbé Grégoire et la République des savants, Éditions du CTHS, Paris, 2001.

5 Alain Thillay, Le Faubourg Saint-Antoine et ses « faux ouvriers. La Liberté du travail à Paris aux XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, Éditions Champ Vallon, 2002, 400 pages, p. 94

6 F. du Cellier, Histoire des classes laborieuses en France, Paris, Didier et Cie, 1860, 479 pages, p. 342

7 Alain Supiot, « Revisiter les droits d’action collective », in Georges J. Virassamy, Isabelle Dauriac, Ferdinand Edimo-Nana, Philippe Saint-Cyr (dir.), Droits et pratiques syndicales en matière de conflits collectifs du travail, actes du colloque des 18 et 19 décembre 2000, Centre d’Études et de Recherches Juridiques en Droit des Affaires, université des Antilles et de la Guyane, Paris, L’Harmattan, 2002, 178 pages, p. 25-58

9 Jacques Perdu, La Révolte des canuts, Éditions Spartacus.

Fernand Rude, La Révolte des canuts, 1831-1834, La Découverte, 2001

19 Le syndicat national des journalistes : catégoriel, (néo)corporatiste ou de salariés ? – Camille Dupuy, ENS Cachan, (2012)

http://www.snj.fr/

Une réponse pour UNE HISTOIRE A CONNAITRE : LES CONDITIONS PROFESSIONNELLES ET LA CREATION DU SYNDICALISME. Par Alex Merry

  1. Tenter de comprendre tous ensemble. En voilà un projet veritable qui permettrait à coup sûr d’avancer collectivement ! Matière première de base disponible en chacun de nous mais trop peu exploitée : prise de conscience.
    Merci pour votre article.

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