« Il y a 20 ans, la fin du service militaire a été une erreur nationale »

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Soldat francais du 2 eme regiment d infanterie de marine du camp d Auvours de Champagne 72  ici  a une revue  Le Mans 72  France 08 Juin 2012/Credit:GILE MICHEL/SIPA/1404291435

« Il y a 20 ans, la fin du service militaire a été une erreur nationale »

Didier Cozin, ingénieur de formation professionnelle, a accompli son service militaire obligatoire dans les années 1970. Pour lui, la France paye aujourd’hui, sur le plan social, les conséquences de sa suppression.

J’ai accompli mon service militaire dans les années 1970. Il ne plaisait pas à tout le monde, mais il était utile à tous et au pays. La suspension du service militaire obligatoire, par le président de la République Jacques Chirac en 1996, est une erreur nationale. Je vous explique pourquoi.

Apprendre à se défendre

Il nous apprenait les rudiments de défense de soi-même, des siens et de sa propre patrie. Un pays en arme avec des citoyens prêts à défendre leur cadre de vie, leur modèle politique et social est plus difficilement atteignable qu’un pays qui se repose sur une armée de métier, forcément plus limitée dans sa taille, moins démocratique dans son recrutement, plus coûteuse enfin.

Lire aussi :
Le retour en grâce du service national
La lubie du service obligatoire

L’abandon du service militaire aura été un des derniers avatars de la spécialisation de la société taylorienne (chacun réalisant un tout petit morceau du travail, l’addition de ces minuscules tâches ou contributions parcellisées étant censée produire faire sens et produire des résultats de qualité)

Une prise de conscience nationale pour tous les jeunes

Il donnait conscience aux jeunes qu’ils avaient le même avenir, la même patrie en commun. Un intérêt commun à vivre, à travailler, à protéger leur bien et leur pays. Même si le service national n’était plus totalement égalitaire il mettait en contact des jeunes de tous horizons, de toutes origines (sociales, ethniques, régionales…) et ce mixte (que l’école ne réalise plus depuis longtemps) participait à la cohésion nationale.

Une seconde chance

Le service militaire permettait de repérer les jeunes en difficulté éducative. Et l’école d’aujourd’hui rejette presque autant de jeunes qu’il y a de conscrits dans les années 1970.

Le service était un moyen de lutter contre les difficultés éducatives les plus fragrantes : lutte contre l’illettrisme, formation à des métiers, promotion sociale. D’ailleurs, il offrait souvent un métier aux personnes les plus en difficulté.

Un passage vers la vie adulte

On apprenait à travailler et à être discipliné. Nous étions initiés aux bases de la vie d’adulte. Le service national mettait un terme à l’adolescence. Cela nous permettait, par la suite, de devenir indépendant de sa famille et de fonder un foyer. Bref, d’avoir les « armes » nécessaire pour faire le « grand saut ».

Malheureusement, la société française a progressivement supprimé tous les rites sociaux d’initiation qui permettaient d’accéder à l’âge adulte, aux responsabilités et à la conscience de son rôle dans la société et le pays.

Les jeunes manquent de repères

Maintenant, avec moins de repères que les anciens, la jeunesse d’aujourd’hui semble errer.

L’école s’est transformée en une maison des jeunes qui a renoncé à l’éducation pour de vagues missions d’instruction/animation entrecoupée de loisirs et de vacances sans fin. Les examens, comme le bac, sont souvent devenus des certificats de présence. L’important n’est plus tant d’apprendre ou de réfléchir, mais de participer à une vague communauté éducative.

Le mariage est en train de se dissoudre et perd ce caractère de repère et de frontière pour accéder à l’âge d’adulte et de citoyen.

Réapproprier son avenir

Pour le XXIe siècle notre pays va devoir réinventer le vivre ensemble, le travailler ensemble. Le XXe siècle était celui des professionnels (de l’éducation, de la culture, des armées, de la santé, de la politique, du syndicalisme…), le XXIe sera celui de la réappropriation par chaque citoyen de son avenir social, économique, culturel et professionnel (dans un cadre européen et national de qualité).

L’abandon du service militaire aura malheureusement participé de l’abandon éducatif de tout un pays face à sa jeunesse, il est plus que temps de sortir du XXe siècle industriel et taylorien.

Par Didier Cozin, ingénieur de formation professionnelle
Source : Les Echos.fr

3 Réponses pour « Il y a 20 ans, la fin du service militaire a été une erreur nationale »

  1. Je ne signerai jamais une pétition pour le rétablissement d’un service national obligeant les jeunes français à apprendre à tuer et au besoin à se faire tuer au nom de quelque Patrie que ce soit. A un moment où le Monde a un grand besoin de Paix et de rapprochement entre les peuples, la non-violence doit être enseignée, pas la violence sur commande, froidement décidée par un état ou un pouvoir. Si nous en sommes encore, 2000 ans après Jules César, au  » Si Vis pacem, para bellum  » c’est que nous n’avons pas évolué du tout depuis cette période. Je remarque d’ailleurs avec amusement que ceux et celles qui demandent son rétablissement ( députés ou Sénateurs ) ne devraient pas ( à moins d’une volonté farouche de l’un d’eux :-)) ) payer de leur personne cette nouvelle initiative. Je note aussi que le  » Ministère de la guerre  » qui avait droit de cité jusqu’en 1948, a été changé en  » Ministère de la Défense  » ce qui fait quand même nettement moins belliqueux – le seul  » truc  » c’est que si tous les pays adoptent un Ministère de la « Défense », plus personne ne devra « attaquer » et du coup ils ne serviront plus à rien… C’est juste amusant…

  2. La nouvelle composition de la société Française appelle à retrouver ce lien d’unité de ses composants et d’intégration des nouveaux arrivants qu’apportait le service militaire obligatoire. C’est le caractère obligatoire qui le rend égalitaire et certainement le plus utile à ceux qui ne l’auraient jamais rejoint volontairement s’il n’étaient contraints. Notre société ne peut plus se passer de ce moyen de lutter contre les communautaristmes se durcissant de jour en jour, toutes les autres politiques ayant lamentablement échoué . Cette mission sociétale du SM est indissociable de l’aspect militaire qui lui donne sa noblesse et apprend aux jeunes Français que la société n’est faite que de droits mais exige aussi des devoirs. Le SM en était un des rares subsistant . Il serait urgent de rétablir cet équilibre.

  3. Sur les 6 fonctions que vous assignez à l’Armée (quelque soit l’Arme), il y a une qui est indiscutable : la première.

    On peut considérer que la seconde en découle.

    Bien sûr que sur les 4 autres peut avoir une influnec et apporter quelque chose (et pas toujours la même!!) à une partie de la jeunes.

    Mais ce n’est PAS son « job »; et elle a mieux à faire.

    Je crois savoir que les militaires français qui sont maintenant des professionnels très entrainés, qui servent plusieurs années et qui sont mieux équipés, ont montré à de multiples reprises en OPEX de quoi ils étaient capables. Faisant parfois l’admiration de leurs homologues étrangers par la capacité de projection lointaine, leur rusticité et leur capacité d’adaptation à des conflits, à des contextes et à des cultures très différentes.

    Qu’ensuite, des anciens militaires d’encadrement viennent aider certains des jeunes à recevoir tout ou partie des 4 dernières fonctions, c’est une excellente chose. et une tache qui a déjà été engagée.

    Enfin, il est clair qu’il y a des missions ponctuelles ou permanentes qui pourraient être assurée par des troupes de réserve opérationnelle dans une bien plus grande proportion. Mais pour que ce soit efficace, il faut de la motivation. Donc seul le volontariat doit en être la porte d’entrée.

    Tout cela, à mon humble avis.

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