Défense : mensonge et mépris du gouvernement

983 vues

Dans une lettre ouverte titrée « Le déclin programmé de la défense de la France » , les généraux (2s) Marc Allamand et Jean-Pierre Soyard dénoncent l’attitude du gouvernement qu’ils résument en deux mots : mensonge et mépris.

 

Les politiques sont responsables des choix de défense du pays. C’est un principe démocratique qui ne se discute pas.

Mais rien ne justifie l’absence de transparence dans un domaine qui touche de manière fondamentale à la sécurité du Pays et à l’influence de la France dans le monde.
L’attitude du gouvernement est inacceptable. Elle peut se résumer en deux mots: mensonge et mépris.

Mensonge.
L’exercice du Livre Blanc est l’exemple caricatural de la manipulation de l’opinion publique et de l’exploitation abusive du statut des militaires.
Le pouvoir veut faire croire aux Français que, dans le cadre des contraintes financières actuelles,le budget qui sera alloué aux Armées est le résultat des conclusions des études sur le Livre Blanc.
Il permettra, affirme t-il , de satisfaire au mieux les capacités nécessaires pour affronter les risques et les menaces envisagés, malgré une nouvelle réduction importante des forces conventionnelles.
Cette manière de présenter les décisions prises est scandaleuse. La réalité est tout autre. Les choix en matière de Défense relèvent du « Fait  du Prince », de la seule volonté du Président de la République qui a décidé de ne pas accorder de priorité budgétaire au ministère de la Défense et de sanctuariser,sans aucune concertation, la Dissuasion nucléaire.

Les réductions homothétiques de nos forces conventionnelles depuis plusieurs décennies, outre le fait qu’elles affaiblissent irrémédiablement leurs capacités, voire les fassent perdre, n’ont jamais été en concordance avec les L. P. M. les accompagnant, entraînant notre Défense vers un déclin programmé qu’il est grand temps de stopper, car il n’y a aucune raison que dans cinq ans on ne constate pas le même décalage.
Il ne faut pas tromper le peuple français:le Livre Blanc n’est qu’un exercice intellectuel destiné à « habiller »une décision politique prise depuis longtemps. Il convient ici de rappeler le scabreux exercice de communication auquel s’est livré le pouvoir, avec l’aide de Bercy et de quelques journalistes complices, pour faire croire que le budget de la Défense a été sanctuarisé par le Président de la République.

Mépris.
Il faudrait aussi cesser de considérer les militaires comme des citoyens de seconde zone ,qui n’auraient qu’à attendre les décisions, exécuter les ordres et surtout courber l’échine.
Il est vrai que nous sommes toujours enfermés dans les principes selon lesquels la hiérarchie militaire républicaine est soumise au devoir de réserve et doit se taire.

La réaction du chef d’état-major des armées, dès la sortie du Livre Blanc, est révélatrice de cet état de fait, comme le montrent ces extraits de son message aux armées:
.. »A partir d’une analyse de l’environnement géostratégique, des risques et des menaces pour notre défense et notre sécurité, ce document déterminant pour notre outil de défense définit l’ambition nationale et les moyens qu’y consacre notre pays…Les Armées …ont pris toute leur part dans cette actualisation  de notre stratégie de défense et de sécurité….Je sais, pour vous avoir rencontrés, en France comme sur nos théâtres d’opération, que vous saurez vous adapter aux exigences nouvelles. »…Fermez le ban!
Ce mépris est encore visible dans la manière où, au prétexte de recentrer les militaires sur le coeur de leur métier, le pouvoir va les dépouiller, dès cet été, et avec la complicité des contrôleurs généraux, de la politique de gestion et de l’administration de leur personnel comme celle du soutien et de la logistique générale des armées, pour les confier à des administrateurs civils. Ainsi, les militaires seront cantonnés définitivement dans un statut de pur technicien de l’affrontement armé, non maîtres des prises de décision sur le fonctionnement général de l’institution,et bien évidemment encore moins autorisés à se prononcer sur les grandes orientations stratégiques de notre Défense. Or, en matière de gestion, qui peut mieux connaître la spécificité du métier militaire et ses contraintes, que l’officier qui depuis le début de sa carrière côtoie ses soldats, marins et aviateurs? C’est la cohésion même de nos forces qui risque d’en être affectée.

Face à cette situation, de nombreux militaires, qu’ils soient en retraite ou en activité, estiment qu’il faut réagir avec la plus grande vigueur pour dénoncer ces nouvelles restructurations qui conduisent, de toute évidence, à affaiblir encore plus un outil déjà bien fragilisé par de nombreuses réformes non assimilées, et mènent à un irrémédiable déclassement de notre outil de Défense.

Ils en appellent à la responsabilité de nos députés et sénateurs qui devront demain voter la loi de programmation militaire (LPM) pour les années à venir.

  • Ou bien, ils choisiront de privilégier la sauvegarde de notre modèle social en acceptant le déclassement de notre Défense et la perte de l’influence de la France dans le monde, ce à quoi conduit le Livre Blanc, malgré le discours officiel cherchant à prouver le contraire.
  • Ou bien, ils voteront courageusement, pour un budget annuel de 31,4 milliards d’euros, promis par le Président, mais en excluant les recettes exceptionnelles, tour de passe passe préconisé par Bercy, et se prononceront pour un rééquilibrage budgétaire entre les moyens consacrés à la dissuasion et les moyens conventionnels, ce qui, à l’évidence, nécessite un vrai débat.

Ce choix, doit permettre de renoncer à la suppression des 24000 postes supplémentaires avec leur cortège de restructurations coûteuses . Il donnerait aux armées une pause salutaire pour remédier au désordre administratif généré par les réformes successives ( Louvois, Bases de défense) et préserverait le moral de nos soldats dont l’exaspération a atteint des limites proches de l’explosion.

En restant dans l’enveloppe financière définie par le président pour tenir compte de la crise, en attendant qu’un retour de la croissance permette de meilleures perspectives, cet effort est d’abord un geste de justice vis à vis de ceux qui servent leur pays jusqu’au sacrifice suprême, en leur donnant les moyens de remplir leur mission, c’est également la manifestation de la volonté de maintenir un outil industriel de défense français performant, et enfin un signe fort adressé par la France à la communauté internationale, de sa volonté d’assumer pleinement ses responsabilités.

Général (2S) Marc ALLAMAND et Général (2S) Jean Pierre SOYARD.

 

Télécharger la lettre des généraux Allamand et Soyard :

 

7 Réponses pour Défense : mensonge et mépris du gouvernement

  1. Pingback : DES GENERAUX DE LA GRANDE MUETTE CRITIQUENT OUVERTEMENT LE PRESIDENT ET GOUVERNEMENT… DU JAMAIS VU !!! | lazarhumeurshistoire

  2. Deux généraux septuagénaires (issus de promotions de Saint-Cyr de la guerre froide et postérieures à la fin de la guerre d’Algérie) sur 5500 généraux se réveillent comme s’ils étaient détenteurs de la vérité.

    Que prétendent-ils défendre l’intérêt de la France, l’intérêt de l’armée de terre ou l’intérêt de son encadrement supérieur ? Nul ne le sait.

    La vérité, elle est d’abord budgétaire. La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a !

    Que connaissent-ils de la réalité de l’état d’esprit de la troupe et du moral des soldats à la limite de l’explosion, nous disent-ils ?

    Ils voudraient donc nous faire confondre exaspération des militaires mal payés par Louvois avec leur crainte du déclassement des élites militaires. La ficelle est un peu grosse.

    « Mépris, mensonge, tromperie, inacceptable, scandale ». Leur prise de position est éminemment politique, alors même que ces messieurs sont en deuxième section.

    Les propos sont ils conformes aux exigences du devoir de réserve auquel sont soumis les généraux 2ème section ? Rendons leur leur liberté totale de parole en supprimant la deuxième section et en plaçant tout ce beau monde en retraite.

    Enfin, leur exhortation aux parlementaires plusieurs mois avant la discussion sur la loi de programmation militaire, outre l’allusion au moral des soldats à « la limite de l’explosion », qui peut s’apparenter à une menace, est prématurée.

    Ils ont cependant une excuse : le temps a été mauvais dans le sud de la France. On comprend qu’ils aient recentré leurs loisirs sur l’écriture…

    A noter que l’ASAF reprend la même antienne sur un ton plus mesuré.

    Retenez-moi au je fais un malheur !!!!

    • Faudrait savoir !

      Quand ils se taisent on les traite de lâches, de vendus et de carriéristes et quand ils parlent on leur rappelle devoir de réserve, retraite donc aucun risque etc etc….

      Le devoir de réserve ! Parlons en ! Le droit de réserve est un statut limitant les droits des militaires mais en contrepartie des devoirs et sujétions de l’état militaire, les militaires bénéficient de garantie morale et matérielles notamment une solde. Le contrat me semble rompu.

      Bref, la notion de devoir de réserve depuis quelque temps n’est plus qu’un abus de pouvoir.

      D’autre part, si, je vous confirme que les militaires sont à la limite de l’explosion. Ce n’est pas une menace, ce n’est pas un avertissement, c’est une constatation. Pour l’instant ils sont assommés par tout ce qu’on leur fait subir.

      Alors au lieu de vous laisser aveugler par vos ressentiments contre les 2S et de contrer ce texte uniquement parce qu’il a été écrit par des 2S, respirez, et analysez objectivement.

  3. cher webmaster de ARMEE MEDIA
    si j’en crois – et je le crois – cet article, j’appelle votre attention sur le rôle et l’action de nos généraux 2e section qui sortent du bois. et je m’en félicite. comme je me félicite de manière générale des prises de position mesurées mais fermes de nos généraux en 1ère section quand on leur a demandé leur avis. au détracteurs, anti élite et anti chefs, salut !!!
    car le plus important est bien dans la révolution sous-tendue par le projet de retirer la politique et la gestion des RH des mains du commandement. ce qui illustre parfaitement :
    - le mépris et la méfiance d’une catégorie de hauts fonctionnaires civils qui se prétendent en droit de gérer l’avenir d’une catégorie d’hommes qui ne les interessent pourtant pas , quand ils la connaissent !! que l’on pense que tout jeune énarque de moins de 40 ans ne sait même pas ce qu’est l’armée, son fonctionnement et n’appréhendent pas les ressorts qui conduisent nos soldats à faire ce qu’ils font en OPEX (lire l’ouvrage de christophe barthelemy…)
    - des perspectives de postes à responsabilité de haut niveau en lieu et place des ces généraux qui sont forcément nuisibles. Un chef en cravate , c’est forcément moins visible qu’un képi étoilé. « pour vivre heureux, vison caché ! »
    - le double jeu, s’il est avéré, du contrôle général, qui voit là une occasion de se « venger » des officiers « des armes ».
    - une occasion inespérée et non dite de décrocher toujours un peu plus la politique salariale du personnel militaire du reste de la fonction militaire, quand bien même le soldat n’est pas un fonctionnaire. « pas de petit bénéfice ».

  4. Citez moi le nom d’un seul général qui aurait posé la casquette pour manifester son désaccord avec les décisions politiques, un seul !
    No comment.

    • delaunay, et de toutes les manières, cela n’activera les telex qu’une petite minute, tiendra trois entrefilets sur les news de google, animera trois ou quatre blogs spécialistes et puis coucouche panier, papatte en rond!!!
      et cela n’a rien à voir..
      car c’est bien connu qu’un colonel ou un adjudant chef sera mieux entendu !!!

    • Tout à fait d’accord avec vous, la troupe marche ou créve nous on est là pour monter le plus haut et le plus rapidement possible donc pas de vague avec le politique, c’est partout pareil dans toutes les armes. S’il n’y avait pas la crise on verrait un 1989 bis.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>