Policier de Toulon frappant des manifestants : «Il ne sait pas se maîtriser»

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Policier de Toulon frappant des manifestants : «Il ne sait pas se maîtriser»

Jean-Michel Décugis
07 janvier 2019, 12h55 | MAJ : 07 janvier 2019, 15h55
Source: http://m.leparisien.fr
Violences Toulon

En 2014, Jean Lasserre, alors major de police, avait été frappé par Didier Andrieux, ce qui a valu à ce dernier un avertissement. Il nous raconte sa version des faits.

Nous avons retrouvé le major de police Jean Lasserre, qui avait reçu un violent coup de coude en juillet 2014 de la part du commandant divisionnaire Didier Andrieux. Ce dernier a été filmé, samedi, en train de frapper plusieurs personnes lors de l’acte 8 des Gilets jaunes à Toulon (Var). Un geste pour lequel le préfet du Var a saisi l’IGPN (Inspection générale de la police nationale).

Après l’incident entre policiers en 2014, la justice avait classé l’affaire. Didier Andrieux, devenu entre-temps responsable par intérim de 400 policiers en tenue à Toulon, avait écopé en 2015 pour ces faits d’un simple avertissement. Mais le major de police, depuis à la retraite, a décidé d’entamer une procédure au civil.

Jean Lasserre est catégorique : « Je savais que Didier Andrieux allait redéraper. J’attendais. C’est un caractériel, qui ne sait pas se maîtriser », attaque l’ex-major. « Il pratique la boxe, et considère la vie comme un ring. J’ai été victime de sa violence et l’administration l’a couvert. Nous avions eu des mots à propos d’une affaire de stups. Ce n’était pas mon chef hiérarchique. »

Le policier retraité raconte : « C’était en juillet 2014, nous étions au troisième étage du bâtiment de la sûreté à Toulon. Il m’a foncé dessus et m’a flanqué un violent coup de coude dans le nez. Je n’ai rien vu venir et me suis retrouvé KO à terre. Quand j’ai repris mes esprits, j’étais couvert de sang. Il n’était plus là, il était monté voir la patronne (NDLR : Marie-Josèphe Mazet, ex-directrice départementale de la sécurité publique du Var, aujourd’hui en poste dans le Vaucluse) pour lui raconter des mensonges. »

« Soi-disant, je l’avais provoqué, il a dit ensuite qu’il avait voulu frapper l’armoire et que son coude avait dérapé, poursuit Jean Lasserre. C’était invraisemblable. Aucun des enquêteurs de l’IGPN ne l’a cru. Mais la justice n’a pas poursuivi, même après appel. Devant le conseil de discipline, il a écopé de la plus petite des sanctions : un avertissement. Beaucoup de collègues ont trouvé cette indulgence totalement inconsidérée. Mais il avait de gros appuis auprès de la direction. Il a su se rendre indispensable au fil des années et a rendu beaucoup de services. »

« Au plus fort de la politique du chiffre, sous Nicolas Sarkozy, ses équipes faisaient interpellations sur interpellations pour les statistiques. C’est un homme qui sait manager les gens, mais à quel prix ? Il est aujourd’hui dans les petits papiers de sa hiérarchie, Henri Castets, directeur départemental de la sécurité publique du Var qui lui a fait avoir la Légion d’honneur. Il adore les distinctions, mais j’espère que la Grande Chancellerie va lui retirer. » Joint par nos soins, ce dernier s’en est tenu à son droit de réserve.

« À l’époque, je me suis retrouvé aux urgences à l’hôpital Sainte-Anne », rappelle Jean Lasserre. « Je n’ai pas osé dire que je m’étais fait frapper au boulot par un collègue. J’avais honte. Qui peut imaginer qu’un policier perde son sang-froid à ce point, cela fait peur. Jamais la patronne n’est venue me voir ou a pris de mes nouvelles. J’ai eu toutes les peines du monde pour que l’administration reconnaisse que mes blessures étaient survenues lors de mes activités. La police et ses petits arrangements ! »

Parole contre parole

Marie-Josèphe Mazel, l’ex-directrice départementale adjointe de la sécurité publique (DDSP) du Var, aujourd’hui DDSSP du Vaucluse, jointe, conteste : « Je n’ai pas couvert Didier Andrieux. Il y a eu enquête de l’IGPN, à la fois administrative et judiciaire. L’enquête judiciaire a été classée. Et à ce que je crois la justice est indépendante. L’enquête administrative, elle, a débouché sur un conseil de discipline. Une décision a été prise, par delà ma personne. Personne de la DDSP n’y siégeait et je n’avais pas la mainmise sur ce conseil de discipline. »

Cette sanction de simple avertissement a cependant causé la surprise en interne. Un ancien responsable à l’IGPN témoigne : « A l’époque nous avons été très étonné de la décision prise par le conseil de discipline. En général quand l’IGPN demande un conseil de discipline, c’est qu’elle estime qu’il y a une faute suffisamment grave. Autrement elle attribue directement un avertissement ou un blâme à la personne. La sanction n’était pas proportionnée aux fait. Ce commandant a visiblement un problème avec la violence, et l’usage de la force »

Jean Lassere poursuit : « Je suis petit-fils de gendarme, fils de policier mais il ne faut plus me parler des forces de l’ordre. Parfois je comprends la colère que peuvent ressentir certains. Aujourd’hui encore, j’ai des séquelles, mon nez est complètement tordu et j’ai parfois du mal à respirer. Je suis en train de préparer avec mon avocat mon dossier pour attaquer au civil. » Et Jean Lasserre de tirer l’alarme : « Il est temps que la justice stoppe Didier Andrieux. Il a un sentiment d’impunité. «

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  • Commentaire Armée média:

Les violences sont inacceptables qu’elles soient commises contre ou par ou au sein des forces de l’ordre. Elles doivent être condamnées sans faiblesse et sans équivoque. Notre soutien aux forces de l’ordre est indéfectible.

Mais, force est de constater que le contexte actuel des manifestations des  » Gilets jaunes  » où forces de l’ordre, manifestants et opportunistes  s’affrontent est le résultat de l’absence de décision politique.

Les forces de l’ordre sont utilisées jusqu’à l’épuisement par le pouvoir, ce qui en aucun cas n’apportera  de réponse à cette crise sans précédent. A l’instar des « gilets jaunes », les policiers et les gendarmes  souffrent aussi des inégalités sociales, fiscales et de l’injustice devenue la règle. La seule réponse sécuritaire apportée par le pouvoir en place n’engendrera que violences et radicalisation.  Il appartient à l’exécutif d’assumer pleinement et politiquement cette crise.

Pour les faits de violences à Toulon mettant en cause un policier, ce témoignage édifiant rejoint ce que dénonce l’AFAR depuis sa création. En effet, au sein de toute corporation, il existe des personnels déviants qui portent préjudice à l’ensemble de ceux qui font bien leur travail.

Ce qui est consternant, c’est l’incapacité des administrations (police – gendarmerie) de mettre hors d’état de nuire ces éléments perturbateurs, incontrôlables,  surtout lorsqu’ils font partie de la chaîne hiérarchique, car on ne remet pas en cause le dogme hiérarchique au risque de fragiliser tout l’édifice.

Les plans anti-suicide et les divers dispositifs d’écoute et de soutien  mis en place ne sont que des leurres pour servir de paravent et de bonne conscience institutionnelle par ceux mêmes qui couvrent ces agissements. Nous avons publié des cas de plusieurs personnes suicidaires victimes de harcèlement moral au travail. Elles n’ont jamais été contactées ou auditionnées ni même soutenues. Bien au contraire, la seule réponse apportée est le harcèlement pour les pousser au suicide ou à quitter l’institution. C’est cela la réalité que les hauts responsables connaissent parfaitement mais ne veulent en aucun cas voir.

C’est ainsi  que l’on fait parler  des personnes que l’on légitime, qui ne connaissent rien au sujet et n’ont rien à dire hormis des banalités affligeantes! C’est toujours la même stratégie: des éléments de langage inconséquents devenus inaudibles. On ne donne jamais la parole à ceux qui souffrent mais on fait parler des communicants ou ceux dont la parole ne dérange pas.

Les enquêtes confiées aux services d’inspection générale ne sont qu’un leurre de plus pour faire croire à des enquêtes impartiales. L’AFAR détient des preuves écrites et sonores des pratiques illégales et déloyales qui démontrent l’usage de faux témoignages, de faux en écriture pour dédouaner les malfaisants et briser les victimes.

La justice est indépendante certes, mais ceux qui sont chargés de la faire appliquer ne le sont pas toujours. Les dérives  corporatistes existent à tous les niveaux même au sein des politiques, de la police nationale et au sein de la gendarmerie nationale. La corruption gangrène à tous les niveaux  et dans tous les domaines. C’est cela qui tue notre société!

Les victimes de harcèlement moral au travail  et  le nombre de suicides croissant est de plus en plus inquiétant.   Ces pratiques sont pitoyables, criminelles, couvertes en haut lieu et indignes d’un Etat de Droit trop souvent revendiqué mais jamais appliqué.

Le deux poids et deux mesures est devenu insupportable au sein de notre société. Si ces méthodes indignes d’un Etat de droit perdurent, les violences et les dérapages  seront une réponse malheureuse à l’absence de solution politique.

Faut-il attendre un mort chez les manifestants ou au sein des forces de l’ordre pour que le pouvoir réagisse et assume pleinement ses responsabilités? La fermeté n’exclut pas les réponses sociales, fiscales et institutionnelles totalement occultées dans les derniers propos de l’exécutif.

 

Une réponse pour Policier de Toulon frappant des manifestants : «Il ne sait pas se maîtriser»

  1. L’agent de la force publique, en civil ou en tenue, qui frappe sans motifs légitimes et hors le cas où la loi le permet, des personnes, majeures, ou mineures, déjà interpellées, à main nue ou avec un bâton de défense, ne vaut pas mieux qu’un casseur et doit être traité comme tel. Il porte gravement atteinte à l’image de protecteur. Sa place est derrière les barreaux..

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