DU HARCELEMENT AU TRAVAIL : LE RETOUR DES « PETITS CHEFS ». Par Alex MERRY

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Chères lectrices, chers lecteurs,

Chers camarades de la communauté militaire,

Ci-dessous, je vous propose ce matin un petit tour d’horizon sur ce que certains d’entre-vous  peuvent être amenés  à subir dans leurs conditions de travail.

En savoir un peu plus, permet parfois d’avoir la possibilité d’y faire face plus efficacement.

N’hésitez pas à diffuser ce petit état des lieux auprès des personnes que vous sentez fragilisées.

Bonne lecture.

Petit chef 1

DU HARCELEMENT AU TRAVAIL : LE RETOUR DES « PETITS CHEFS ».

Par Alex MERRY

Pour une fois, je n’écrirai pas un véritable article.

Quand je regarde autour de moi ces femmes et ces hommes, déprimés, exténués, médicalement assistés et parfois lourdement, en congé de longue maladie, internés, pouvant même attenter à leur vie pour se dégager d’un fardeau trop lourd pour eux et qui est généré par un harcèlement continu, je ne peux pas ne pas réagir.

Mais comment ?

Je ne veux pas faire le procès de qui que ce soit. Alors, au travers de quelques articles, quelques vidéos de professionnels qui parlent de ce mal qui ronge toutes les organisations, je tente de donner une piste pour expliquer  l’attitude déplorable de certains «petits chefs» comme on les appelle, qui peuvent générer de graves dégâts psychologiques, voire plus, chez leurs victimes…

En espérant que certaines de ces victimes pourront y trouver une compréhension, voire du réconfort, car ils sont, hélas, trop nombreux à être confrontés à ce mal….

Petit chef 3

Mais au fait, qu’est-ce donc qu’un « petit chef » ?

PETIT HISTORIQUE :

Sur le site de Man@g’R, (site personnel créé en 2006 qui a comme objectif de partager une expérience de 25 ans dans l’industrie tout en défendant une approche managériale factuelle et véritablement humaniste.), nous pouvons lire :

« Cette notion de « petit chef » apparaît très tôt dans le monde militaire où la nécessité de la discipline pouvait facilement glisser sur l’arbitraire[1].

Le « chef » était celui qui savait entraîner ses hommes par son exemple et son courage ; il était souvent devant.

Au contraire, le « petit chef » était celui qui restait derrière, était plus gradé que les autres qu’il « motivait » plus par la contrainte que par l’exemple.

Dans les corporations de l’ancien régime, il y avait des maîtres et des ouvriers. Les maîtres étaient expérimentés et avaient la compétence. Et les relations avec leurs ouvriers étaient régulées par la charte de la corporation. Cette notion de « petit chef » n’existait pas : elle n’avait pas lieu d’être, le pur contrôleur n’existant pas.

Après la disparition des corporations[2] à la fin du 18 -ème siècle, (au moins dans notre pays), chaque chef d’entreprise créait lui-même son propre règlement intérieur et assurait la discipline. J. Bentham fait la théorie de la surveillance dans son « Panoptique » publié en Angleterre en 1791 et traduit aussitôt en France.

La complexité croissante des firmes et la division du travail ont amené la création d’une nouvelle catégorie d’employés : les contremaîtres que l’on voit apparaître vers 1830. Leur rôle est d’organiser le travail et de faire régner la discipline. Ils doivent être de bons techniciens ou de bons administrateurs, mais ils doivent surtout être dignes de confiance. (Cf. B. Girard : Histoire des théories du management).

Alors que le contremaître avait une fonction pluridisciplinaire (surveillance des machines, conception des modèles, entretien des machines, formation des ouvriers, fabrication de machines, perfectionnement des procédés, etc.) Taylor[3] découpera ces tâches entre différents services et finalement, le contremaître ne fera que surveiller les ouvriers qui pour lui sont plus enclins à la paresse qu’au travail.

Cette classe de « contrôleurs » est devenue la maîtrise que l’on connaît encore de nos jours.

Cependant, avec l’évolution des organisations et le raz-de-marée du « Management Participatif[4] », une grande partie de la maîtrise a disparu, remplacée par des « animateurs » (ce sont parfois les mêmes qui ont changé de casquette).

Ceci est vrai surtout pour les grandes entreprises.

Dans les moyennes et petites entreprises, il se trouve encore des contremaîtres à qui leur hiérarchie donne ce rôle exclusif de contrôle.

Et c’est l’accent mis exclusivement sur cette fonction de contrôle qui est à l’origine des « petits chefs ».

 « Qui est touché par ce syndrome ?

Tous ceux qui ont un ascendant sur une autre personne, sont touchés à un moment où à un autre de leur carrière par ce syndrome.

L’important est de le savoir, de le détecter suffisamment tôt pour en limiter les conséquences qui peuvent être multiples… »

Dans votre travail, il se peut que vous ayez rencontré ce genre de personnage que l’on nomme « petit chef » … vous en avez peut-être été témoin ou victime, voire en êtes-vous un vous-même….

Car, bien après la période de « management participatif », le retour des « petits chefs » est désormais admis….

Mais, parallèlement aux cas bénins que l’on connaît, se cachent une multitude de souffrance sur le lieu de travail, qui peuvent être harcèlements moraux ou même pire : sexuels…

 ***

Le 23 novembre 2000, dans le périodique « L’Express », Madame Julie JOLY publiait un article fort intéressant[5] dont voici quelques extraits :

« On les croyait morts et enterrés, décimés par le souffle libertaire de Mai 68, laminés par l’essor de la mondialisation et les grandes réformes du management moderne, tout juste bons à jouer les gardes-chiourme dans les bas-fonds d’un atelier clandestin. Bien loin de se sentir menacés – à l’heure du tout-Internet et d’un hypothétique « renouveau du dialogue social » – les petits chefs sont toujours là au cœur d’une maladie majeure de notre société : le harcèlement moral.

 A tel point que le Centre d’études de l’emploi a décidé de se saisir du problème, et prépare pour septembre 2001 une étude sur ce thème. «30% des salariés déclarent être soumis à des contrôles permanents de leur hiérarchie. Ils étaient 17% il y a quinze ans », indique, ainsi, la dernière enquête Conditions de travail de la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares)[6]. »

Déjà, dans son Bloc Note, Bertrand Duperrin en 2006[7], écrivait ceci :

« ……  vous l’avez sans doute deviné, je ne porte pas les petits chefs dans mon cœur. A la fois parce que vue d’en dessous ils sont invivables et vue du dessus ils sont un facteur évident de baisse de la performance de l’organisation.

Et c’est à la faveur d’un article dans le monde de ce jour (daté du 7/11/2006) que je me réjouis de les voir réapparaitre. En fait tout dépend de ce que vous mettez derrière la notion de petit chef.

  • Si on se réfère à l’acception traditionnelle du terme, que je pourrais synthétiser par « petit capo local ayant une forte prédisposition à couper les têtes qui dépassent et ayant une vision de la responsabilité managériale limitée à un exercice visible de l’autorité …
  • Si on s’en tient à la vérité des mots en considérant qu’un petit chef est une personne qui, sous la responsabilité d’un supérieur, exerce une partie des responsabilités de celui-ci par délégation, je suis plutôt satisfait… »

Enfin, je laisse place à Maurice Thévenet [ professeur au Cnam et à l’Essec Business School, auteur d’une vingtaine d’ouvrages sur la culture d’entreprise, le management, ainsi que le leadership. ( Depuis juin 2016, il est Délégué Général de la Fnege : Fondation Nationale pour l’Enseignement de la Gestion des Entreprises)[8]], dont je mets ici les liens de quelques de ses conférences et autres  :

[1] http://manag.r.free.fr/management_des_hommes_maladies_du_management_syndrome_du_petit_chef.html

[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Corporation_sous_le_royaume_de_France

[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Taylorisme

[4] https://fr.wikipedia.org/wiki/Management_participatif

[5] http://www.lexpress.fr/informations/le-retour-des-petits-chefs_640464.html

[6] https://fr.wikipedia.org/wiki/Direction_de_l%27animation_de_la_recherche,_des_%C3%A9tudes_et_des_statistiques

[7] http://www.duperrin.com/2006/11/07/le-retour-des-petits-chefs-ou-le-renouveau-du-manager-animateur/

[8] http://www.fnege.org/a-propos/presentation

3 Réponses pour DU HARCELEMENT AU TRAVAIL : LE RETOUR DES « PETITS CHEFS ». Par Alex MERRY

  1. j’adore voir ce qui se postent dans les endroits propices et qui verbalisent pour un dépassement de 7km/H se plaindre des « petits chefs ».

  2. Merci pour cette publication particulièrement étayée qui, je le déplore malheureusement, ne ramènera cependant pas à la raison une institution militaire totalement dépassée.
    Dépassée parce qu’il n’existe plus qu’un mince contrôle des personnels et de leurs procédures de travail au sein de la gendarmerie dans son ensemble, par exemple. Et qu’à tous les niveaux, il est surtout désormais question de se frayer une carrière dans l’institution, ou bien un paisible parcours professionnel rémunéré. L’entre-soi sur fond de minauderies est aujourd’hui routinier. Le cœur de métier au service de la République et de ses citoyens est clairement délaissé pour en revenir à des considérations essentiellement personnelles.
    Dans ces circonstances, survient cette maltraitance interne où les personnels, qui se rappellent constamment ce pour quoi ils sont payés, s’attirent les foudres d’une hiérarchie peu regardante sur le droit, le règlement, les conditions de travail, la considération …les résultats utiles.
    Vous avez très didactiquement tenté d’expliquer certaines notions essentielles de management, je pense de mon côté qu’il est temps d’illustrer concrètement ces aberrations de commandement militaire qui confinent en définitive à la dégradation du climat sécuritaire de notre très chère FRANCE.

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