UN PETIT HISTORIQUE DE L’ESPT, TSPT ou PTSD

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STRESS

Chers camarades de la communauté militaire,

Chères lectrices, chers lecteurs,

Ci-dessous, un article nous ayant été adressé par Alex MERRY, qui vous explique de manière détaillée, les grandes lignes de la découverte du stress post-traumatique depuis l’antiquité. Je vous invite à le lire avec la plus grande attention pour mieux comprendre tous les blessés de guerre qui en sont atteints et qui en souffrent au quotidien.

UN PETIT HISTORIQUE DE L’ESPT1, TSPT2

ou PTSD3

Le syndrome post traumatique existe depuis la nuit des temps…

Déjà, dans l’Antiquité, des textes décrivent cet état, comme dans le Livre IV du De Natura Rerum :De la nature des choses- est un poème en latin du poète philosophe Lucrèce qui vécut au 1er siècle : « Les hommes dont l’esprit est occupé des grandes et violentes actions qu’ils ont accomplies, répètent et revivent leurs exploits dans leurs rêves (…) Beaucoup affrontent la mort. Beaucoup, croyant tomber à terre de tout le poids de leur corps du haut de montagnes, sont éperdus de terreur, et une fois tirés du sommeil, ils ont peine à retrouver leurs esprits », décrivant déjà les cauchemars récurrents…

Sous l’Ancien régime, on retrouve ces symptômes, rattachés à la nostalgie4, affection de l’âme qui touchait les jeunes recrues enrôlées de force, arrachées à leur famille (Crocq L. Les Traumatismes psychiques de guerre. Odile Jacob. 1999).

De nombreux soldats considérés comme couards, simulateurs ou désireux d’acquérir une compensation financière présentaient en fait un état de stress post-traumatique. (Barrois C. Les névroses traumatiques. Dunod. Paris : 1988).

Ce sont surtout des chirurgiens des armées napoléoniennes :

DesgenettesRené -Nicolas Dufriche, baron Desgenettes : médecin militaire français ,

Larrey – Dominique-Jean : médecin et chirurgien de la Grande Armée de Napoléon, père de la médecine d’urgence sur les champs de bataille – ,

Percymédecin et chirurgien en chef des Armées de Napoléon, il a également écrit un remarquable «Journal de campagne» où il décrit les conditions d’existence précaires des soldats de la grande Armée. C’est un témoignage bouleversant sur les souffrances des blessés et des malades, l’indicible horreur du champ de bataille au soir des combats,…-)

qui, en créant le terme imagé de « syndrome5 du vent du boulet » pour désigner les états de sidération des soldats ayant senti les projectiles de près sans avoir été blessés, mettent en évidence une pathologie post-traumatique. Legouest, professeur de clinique chirurgicale au Val de Grâce publie en 1863 son Traité de Chirurgie d’Armée, dans lequel il fait également mention des symptômes psychiques à distance, présentés par « un certain nombre de militaires qui ont assisté à des batailles sanglantes, sans avoir jamais été blessés »

Le terme « cœur du soldat » ou « cœur irritable » est dû à Jacob Mendez Da Costa, médecin militaire de l’armée nordiste durant la guerre de Sécession, qui s’attache aux symptômes neurovégétatifs.

Durant les quatre années que dura cette guerre, les médecins militaires découvrirent chez les combattants une détresse psychologique persistante consécutive aux expositions traumatiques…

Les services de santé et de médecine militaire des deux camps en présence ont été très vite dépassés par l’ampleur de leur tâche. Jonathan Letterman, de l’armée du Potomac, organise des postes de secours dans les régiments ainsi que des hôpitaux de campagne pour les divisions et les corps d’armée, et bien sûr, un service d’ambulances. Il prend également en compte ces blessures invisibles de l’esprit dont nous essayons ici de retracer l’histoire.

C’est en 1884 qu’un neurologue juif allemand, Hermann Oppenheim, s’intéresse à la «névrose traumatique».

Hermann Oppenheim, fils de rabbin, effectue ses études de médecine dans les universités de Berlin, Göttingen et Bohn et commence sa carrière en 1883, à l’hôpital de la Charité de Berlin. Victime de l’antisémitisme des autorités prussiennes, il ne sera jamais nommé à la chaire de neurologie.

Cela ne l’empêche pas de s’intéresser à la névrose traumatique dont il défend l’hypothèse qu’elle provoquerait des changements organiques qui perpétueraient des névroses psychiques. Il impute ce trouble à l’effroi (das Schreck) «qui provoque un ébranlement psychique (Seelishe Erschütterung) tellement intense qu’il en résulte une altération psychique».

Mais ses travaux sont vivement critiqués par Charcot (F, 1825-1893) Celui-ci développe le concept d’hystéro-neurasthénie après émotion morale, dans ses Leçons du Mardi à la Salpêtrière (1884-1893), qui portent notamment sur les accidents de chemin de fer (Railway brain de Putnam et Walton), Jean Martin Charcot récuse l’existence de la névrose traumatique. Pour lui, ces tableaux cliniques relèvent de l’hystérie6, de la neurasthénie7, voire de l’hystéro-neurasthénie.

Pour Oppenheim, en 1888, tout cela aura aussi débuté avec des névroses occasionnées par des accidents de trains et qui se sont traduits par des troubles de l’affectivité et de l’émotivité, bien que la victime gardât ses fonctions intellectuelles intactes.

En effet, par opposition à la psychose8, la névrose n’altère pas, ou très peu, la personnalité…

A cette époque, ces types d’accidents ferroviaires étaient très fréquents et entraînaient des traumatismes psychiques très importants qu’il était nécessaire de comprendre et de traiter. Des neuropsychiatres civils, à la suite de ce genre d’accidents, décrivent des troubles observés après et attribués par Duchesne en France (1857) ou Erichsen (1864) en Angleterre à des lésions inflammatoires minimes de la moelle épinière, avec naissance du terme Railway Spine.

En 1880, le neurologue G. Beard crée le terme de « neurasthénie ».

Mais ici, ce qui nous intéresse est plus spécifiquement rattaché à une profession: celle de militaire.

La névrose traumatique, celle la plus reconnue, surgit alors classiquement en situation de guerre, de combat, de catastrophe quand le sujet a ressenti une menace mettant en jeu sa vie, notamment …

Ce type de névrose doit être soignée très rapidement par des médecins spécialistes, de la psychothérapie, un accompagnement social, etc…

C’est le psychiatre allemand, le Docteur Honigman, en 1907, qui crée le terme de « névrose de guerre ».

La Première Guerre mondiale fut l’occasion d’en préciser le tableau clinique. L’hypothèse des « lésions invisibles » jusqu’alors privilégiée est également abandonnée au profit du trauma9 psychique.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, la réalité et l’importance de la pathologie10 psychiatrique de guerre seront méconnues voire niées :

  • En France du fait de la désorganisation suite aux défaites,

  • En Allemagne et en Union Soviétique car la maladie psychique était considérée comme une faiblesse qu’il valait mieux éviter de montrer.

D’autres termes sont utilisés pour dénommer le trouble tels que « syndrome du vieux sergent » ou « shell-shocks », « exhaustion » (épuisement) par les Américains.

De 1920 à 1960, Barrois pointe le peu d’intérêt accordé à la névrose11 traumatique, dont la place sur le plan nosographique12 restait alors très floue. Il avance comme hypothèses explicatives à ces lacunes l’ « inattention », l’« oubli », le « rattachement à des symptômes plus banals », une approche « trop médico-légale » (la suspicion de simulation planant toujours), la « fragmentation du trouble », l’ « omission ou la répudiation de certaines origines ». Ceci fait référence aux travaux psychanalytiques de :

Ferenczi, Sandor : un des premiers psychanalyste hongrois ; Il pense que la technique aussi bien que la théorie peuvent s’ajuster à chaque situation et à chaque individu.

Abraham, Karl : psychiatre et psychanalyste allemand qui s’est initié à la psychanalyse avec Karl Jung. En 1907, il travaillera avec Oppenheim dans sa clinique de Berlin. Il deviendra plus tard le mentor de Mélanie Klein.

Breuer, Josef : médecin autrichien qui s’intéresse à l’hystérie. Il est surtout connu pour avoir pris en charge Bertha Pappenheilm («Le cas Anna O.) qui va inflencer énormément S. Freud.

Freud, Schlomo Sigmund : Médecin viennois, il est à l’origine de l’histoire de la psychanalyse de par ses découvertes et ses théorisations concernant l’inconscient à la fin du XIXème siècle. La psychanalyse s’étendra alors depuis l’Autriche à l’Allemagne, la Hongrie, la Grande-Bretagne, l’Amérique du Nord et la France notamment ; s’en suivra une diversification de différents courants psychanalytiques.

Freud, dans un texte de 1914 («Contribution à l’histoire du mouvement psychanalytique»), revient sur l’invention de la psychanalyse et rappelle qu’en 1904, il avait désigné Josef Breuer comme en étant à son origine. En effet, Breuer avait transformé sa «méthode cathartique13» en en rejetant l’hypnose sur laquelle elle reposait (le cas de Anna O. dans «Etudes sur l’hystérie, de Josef Breuer et Sigmund Freud de 1895).

L’hystérie traumatique selon Breuer et Freud en 1895, « Etudes sur l’hystérie »

« Après un choc émotionnel, si le sujet n’a pu réagir par la fuite, la défense, la parole ou la représentation mentale, le souvenir brut de l’événement (« réminiscence ») demeure au sein du préconscient comme un parasite, provoquant des symptômes de conversion et des abréactions répétées et inefficaces.

Seule l’abréaction assortie de toute la charge des affects restés coincés, et accompagnée d’un travail d’association peut amener la libération de ces affects et procurer la catharsis (soulagement) (méthode cathartique).

Faute d’une réaction initiale adaptée, il y a phénomène de corps étranger, et fixation au trauma.

La découverte du préconscient traumatique a précédé, chez Freud, celle de l’inconscient».

Malgré le grand intérêt soulevé pendant la Seconde Guerre mondiale, le DSM-II (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (également désigné par le sigle DSM, abréviation de l’anglais : Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) est un ouvrage de référence publié par l’Association américaine de psychiatrie (American Psychiatric Association ou APA) décrivant et classifiant les troubles mentaux.

Il avait inexplicablement abandonné les syndromes post-traumatiques, plus ou moins reconnus dans le DSM-I en 1952 par le diagnostic de « Gross Stress Réaction ».

L’état de stress post-traumatique apparaît dans la nosographie américaine dans la troisième version du DSM-III (1980), suite à l’attention suscitée par les problématiques que présentaient de nombreux vétérans du Viêt-Nam aux USA à partir de 1975.

Le terme d’état de stress post-traumatique remplace alors celui de « névrose traumatique ».

Par Alex MERRY

1 ESPT : État de stress post traumatique

2 TPSD : trouble de stress post traumatique

3 PTSD : en anglais = Post traumatic stress disorder

4 Nostalgie : sentiment de regret des temps passés ou de lieux devenus lointains auxquels peuvent être associés des sensations agréables. D’un point de vue médical, cela peut être aussi vu comme un signe de dépression ou d’anxiété.

5 Syndrôme : Ensemble de manifestations liées à un état donné

6 Hystérie : au XIXème siècle, la névrose hystérique touche essentiellement des femmes. Elle émane de la fixation symbolique de l’angoisse qui se traduisent par des manifestations physiques ou psychiques.

7 Neurasthénie : trouble du fonctionnement du système nerveux qui se traduit par une baisse de tonus généralisé.

8 Psychose : c’est un trouble mental qui se caractérise par une perte de contact avec la réalité, une désorganisation de la personnalité et une transformation délirante du vécu. Les psychoses sont différentes des névroses en cela que, dans ce dernier cas, le patient garde la notion du réel, ce qui n’est pas le cas dans la psychose.

9 Trauma : c’est l’ensemble des dommages d’ordre psychologique résultant d’un événement grave ou de toute forme de violence éprouvée physiquement ou moralement.

10 Pathologie : étude des maladies

11 Névrose : désigne, en psychiatrie, des troubles psychiques dans lesquels le sujet est conscient de sa souffrance psychique et s’en plaint.

12 Nosographique : en rapport avec la description et la classification méthodique des maladies.

13 Méthode cathartique, catharsis : dans l’interprétation classique de la catharsis, c’est une méthode de «purgation» (purification émotionnelle) qui utilise des spectacles ou des histoires tragiques qui font office de catalyseur. En psychanalyse freudienne, ce concept est apparu en 1893 et sert de premier chapitre au livre de J. Breuer et S. Freud «Études sur l’hystérie». Il sert à désigner la prise de conscience par laquelle le patient se remémore un événement traumatique passé, le revit puis peut le dépasser grâce à la cure psychanalytique. La catharsis est le premier pas nécessaire d’une mise à distance du trauma et peut aboutir à un véritable processus d’intégration par le sujet au moyen du langage, etc….

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