Le mouvement d’expression du mécontentement dans les armées s’organise

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Actualisé le 6 novembre 2011

Alors que le forum « gendarmes et citoyens », qui a connu son heure de gloire lorsque le commandant Jean-Hugues Matelly l’animait, semble amorcer une réflexion sur l’utilité de fédérer les organismes de contestation , les dirigeants de l’association de défense des droits des militaires (ADEFDROMIL), de l’association militaires et citoyens et de la grogne dans la gendarmerie se sont rencontrés le 20 et 21 octobre dernier à ORADOUR SUR GLANE.

Oradour-sur-Glane - Photo armee-media.com

La première journée, sous le signe de la convivialité, a été principalement consacrée à la réflexion sur le thème de la défense d’une nouvelle conception de l’armée, celle des citoyens en uniforme.

Jacques Bessy, président de l’Adefdromil, son infatigable vice-président Michel Bavoil, et Annie Romério, sa conseillère se sont largement concertés avec Nicolas Bara, président de l’association militaires et citoyens, accompagné du trésorier Ronald Guillaumont et avec Jacky Mestries, chef de file de « La grogne dans la gendarmerie » qu’accompagnait son complice Michel Munier.

Cette réunion susceptible d’unifier les efforts des différents « mouvements » et de fédérer les actions a été très fructueuse et les participants semblaient particulièrement satisfaits des orientations communes prises.

Le lendemain, à l’issue d’un déjeuner pris en commun,  les délégations se sont rendues à ORADOUR-SUR-GLANE où elles ont été accueillies par Robert Hébras, l’un des rares rescapés du massacre commis le 10 juin 1944.

D’un pas alerte, Robert Hébras a mené la visite du centre de mémoire puis de l’ancien village, conservé à l’état de ruine, afin de témoigner des souffrances infligées aux hommes, femmes et enfants de cette petite bourgade.

Visite du centre de mémoire sous la conduite de monsieur Hébras - Photo armee-media.com

Rejoints par Raymond Frugier, maire d’Oradour-sur-Glane, Jacques Bessy et Nicolas Bara ont déposé une gerbe au pied du mémorial puis Raymond Frugier a accueilli les délégations à la mairie. A cette occasion, Jacques Bessy a prononcé une allocution ci-après reproduite :

Photo © Adefdromil - Dépôt de gerbe au Mémorial d'Oradour-sur-Glane

 

Monsieur le Maire, Mesdames, Messieurs, Chers camarades,

C’est évidemment avec beaucoup d’émotion que l’Association de Défense des droits des militaires, l’association Militaires et Citoyens et ceux qui nous accompagnent, rendent aujourd’hui hommage aux victimes du massacre d’Oradour sur Glane perpétré le 10 juin 1944.

Je voudrais tout d’abord, vous remercier, Monsieur le Maire, d’avoir accepté d’accueillir notre modeste délégation. Nous savons que l’agenda du premier magistrat d’une commune est toujours chargé. Il l’est encore plus à Oradour où la gestion, l’administration doivent sans cesse prendre en compte le poids de l’histoire, la douleur du souvenir.

Je voudrais aussi exprimer ma gratitude à celle sans laquelle cette cérémonie n’aurait pas eu lieu, l’infatigable Majore Annie Romerio, dévouée à notre association, fidèle à sa région et fière de ses origines. Elle est pour nous un exemple de foi, de vitalité et de jeunesse.

Enfin, et bien sûr, nos profonds, sincères et respectueux remerciements vont à M. Robert Hebras, lui aussi infatigable témoin d’un crime de guerre entré dans l’histoire de France comme le symbole de la barbarie. Il est le survivant des survivants et sa présence, son discours sans haine ont contribué à notre profond recueillement, à notre émotion.

Cette émotion est d’autant plus forte que tous ceux qui composent notre délégation –hormis Mme Romerio – ont la chance, je dirais le privilège, de n’avoir participé à aucune guerre. Pour prendre mon exemple familial : mon grand-père, sergent au 60ème Régiment d’infanterie, a été un poilu d’Orient, mon père né en 1918, est parti au service militaire en 1938 pour ne rentrer qu’en 1945, libéré par les Russes de son long séjour en Prusse Orientale. Moi-même, comme Michel Bavoil, fondateur de l’Adefdromi, né en 1949, j’ai la chance de n’avoir été l’acteur d’aucune guerre.

Pour notre génération, la seconde guerre mondiale, c’était quelque chose de lointain, de révolu. C’était la guerre de nos pères. Bien sûr, le jeune homme élevé dans l’Ain que je suis, a entendu parler du maquis, du défilé du 11 novembre 1943 à Oyonnax, des exactions allemandes, des fusillés, des représailles et de Dortan, village martyr situé à la limite du Jura. Mais pour nous, c’était le passé, quelque chose qui ne pouvait se reproduire.

Aujourd’hui, notre visite à Oradour abolit la distance entre les générations. Nous nous sentons totalement solidaires de M. Hebras, de son témoignage douloureux, qui sonne comme une alerte. Et, il suffit de regarder l’histoire des vingt cinq dernières années pour comprendre que tout peut recommencer, que d’autres Oradours sont hélas possibles.

Car, comme l’a dit Cioran, philosophe roumain de langue française : « La barbarie est accessible à tous, il suffit d’y prendre goût. »

Trois exemples du passé récent montrent combien il faut rester vigilant : la guerre en Tchétchénie, lointaine et peu médiatisée, mais qui a été l’occasion d’atrocités commises sur les populations civiles, la guerre en ex-Yougoslavie, rémanence de la deuxième guerre mondiale, qui a accouché du massacre de Srebrenica, et aujourd’hui de l’autre côté de la Méditerranée, au Proche Orient, les tueries opérées sans état d’âme sur la population syrienne par sa propre armée.

Malheureusement, le crime d’Oradour est largement resté impuni pour diverses raisons bien connues. Mais, on a d’une certaine manière tiré les leçons de ces échecs. La communauté internationale s’est donc efforcée de mettre en œuvre la célèbre pensée de Pascal « La justice sans la force est impuissante »…« la force sans la justice est tyrannique…Il faut donc mettre ensemble la justice et la force, et pour cela faire que ce qui est juste soit fort ou que ce qui est fort soit juste. » Ainsi, il faut se réjouir de la création du tribunal pénal international qui constitue un acte fort destiné à prévenir et à juger les crimes de guerre et les génocides contemporains.

Il y a évidemment beaucoup de cérémonies à Oradour et vous voyez passer de nombreuses délégations françaises et étrangères.

Nous n’en sommes qu’une parmi d’autres. Toutefois, je voudrais souligner que notre présence revêt une certaine originalité.

En effet, nous ne sommes ni des associations d’anciens combattants, ni des associations de retraités.

Nous défendons une nouvelle conception de l’armée, celle des citoyens en uniforme pour reprendre l’appellation de l’organisation européenne des associations militaires, Euromil, dont nous sommes membres.

Ainsi, nous défendons les droits de ceux qui servent leur pays sous l’uniforme.

Parmi ces droits, il y a celui de refuser l’exécution d’ordres manifestement illégaux. Et nous pensons, que des associations professionnelles de militaires peuvent être une garantie démocratique à la fois contre tout risque de dérive militaire contre le pouvoir politique, et contre tout risque d’un usage de la force non conforme au droit.

C’est la raison pour laquelle nous appelons de nos vœux à la modification profonde du statut général des militaires pour leur permettre de s’associer en vue de la défense de leurs droits et leurs intérêts comme dans de nombreux autres pays européens.

C’est donc en pensant à l’avenir de la France, de l’Europe, du monde, que nous nous inclinons aujourd’hui, avec beaucoup de respect et d’émotion, devant les victimes du massacre du 10 juin 1944, afin que leur martyr serve aux générations futures.

Vive Oradour sur Glane, vive la République, vive la France.

 

Jacques Bessy a ensuite signé le livre d’or, puis Raymond Fugier lui a remis la médaille de la ville , Cette cérémonie s’est clôturée par un vin d’honneur offert par la municipalité, au cours duquel Robert Hébras a dédicacé à chacun des participants le récit dont il est l’auteur:  – Oradour-sur-Glane LE DRAME heure par heure -.

Jacques bessy signe le livre d'or à la mairie d'Oradour-sur-Glane - Photo armee.media.com

A l’issue de ces deux journées riches en émotion et en résolutions, les participants se sont séparés, se promettant de se retrouver prochainement pour consolider et améliorer leur volonté commune à fédérer l’expression de la défense d’une nouvelle conception de l’armée.

Michel Munier pour Armee-Media

 

 Article « LE POPULAIRE DU CENTRE » du 27 octobre 2011

6 Réponses pour Le mouvement d’expression du mécontentement dans les armées s’organise

  1. Gilbert de Monplaisir

    La question fondamentale est la suivante:

    Quand sortirons – nous de l’esclavagisme Européen pour retrouver notre souveraineté nationale?

    La VIe République … Pacifique ou violente?

    Tous les programmes politiques 2012 sont destinés à la poubelle de l’histoire!

  2. Gilbert de Monplaisir

    suite:

    Prochain partage tribale de la lybie!

    La France quel 14 JUILLET 2012 pour nos soldats?

  3. Gilbert de Monplaisir

    Le retour et syndrome des soldats Français des missions de guerre va accentuer le mouvement. La question se pose concernant une défense  » nationale » dont l’orientation est soumise à l’atlantisme et à l’esclavage  » Européen ».

    2012, les présidentielles compromises par le fiasco Européen et la trahison permanente du mauvais traitement politicien contre les Armées Françaises! Comme le disait tout haut un ancien de la  » coloniale » que j’ai croisé de souvenirs. Le troufion de Balard devenu chef des armées à oublié à qui il serrait les mains. Celles des dictateurs, voir même l’offense du 14 Juillet Syrien. Un des ses conseillers proposait m^me le 14 Juillet avec invitation de l’Armée Algérienne. La Tunisie majoritaire d’une élection Islamiste? la Lybie prochain p

  4. BIEN JACQUES beau discours.Et surtout ton action est efficace.

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